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 Trois chemins, au ruisseau, vers le haut, en bas.
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"Ce que j’ai appelé l’Archive de Fénautrigues,
c’est ce corpus d’environ 7 000 vues enregistrées
depuis 1991 au lieu-dit Fénautrigues dans
le Lot. Ce n’est pas l’intitulé d’un projet, c’est une
pratique discontinue qui s’est accumulée dans
un gros classeur par commodité de rangement,
de classification. Les planches d’images y sont
présentées en original, non coupées et chronologiquement.
Il est arrivé un moment où la somme d’images,
l’épaisseur du classeur ne permettaient plus paradoxalement
l’observation des images à l’unité. Des
lignes thématiques, des figures, des types d’organisation,
de temporalité ont lentement émergé comme les pierres remontent lors des labours. La
chose a alors basculé dans un mouvement réflexif
dont cet ouvrage est le résultat : l’intitulé Fénautrigues
(le toponyme sur la couverture du classeur)
s’est brutalement changé en sujet Fénautrigues.
Et alors que j’avais poussé l’appareil devant moi,
plutôt en cueilleur qu’en chasseur, alternativement
en noir ou en couleurs, en leveur de signes,
en sujet de mes actions, voilà que des signes s’instituaient
en sujet à mon endroit ! Etrange paradoxe.
(...)
Mais revenons à ce qui m’a fait passer de l’archive à l’ouvrage. Tout au long des enregistrements,
je me suis attaché, par la description, à connaître
ce paysage, à me laisser envahir par ces harmoniques,
ces formes de croissance et d’entropie ; il
fallait que je m’absente le plus possible pour laisser
la place aux choses d’advenir, il fallait être absolument
impersonnel. Puis le choix définitif des
images s’est fait sur leur capacité, non pas à exprimer, mais à se laisser lire, à dire leur fait
d’image. Leur ordre suit précisément celui du
terrain. C’est comme l’apprentissage d’une langue
dans laquelle maintenant quelqu’un (le sujet
Fénautrigues) parle. Il a fallu observer, comparer,
vérifier ce qui apparaissait d’abord comme un
fouillis à peine ordonné musicalement, puis le
rendre, et là, tous les arguments formels et rhétoriques
sont bons pour servir l’expérience.
Je dirai pour finir qu’il s’agit bien d’un poème épique mais impersonnel, sans grande histoire ni
valeur, sans héros mais habité, un théâtre du vrai.
Comme si la hantise, la forte impression et l’émotion
produites par la photographie constituaient
de fait la forme épique du peu : du peuple des
Bouts-de-Choux, des Epouvantés, des Bicéphales,
de ceux qui refusent de se taire, invisibles."
Extrait d'entretien Michel Poivert/Jean-Luc Moulène
Journal de la commande
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