les ateliers des arques
       
 

 

 

 
 
 

« DELOCALISATION EXTREME » : UN PROGRAMME POUR TROIS ANS

La proposition pour les trois années à venir porte sur la relation entre deux idées : la délocalisation et la localisation dans le cadre de la mondialisation.

La délocalisation qui considère la planète comme une zone unifiée d’échanges, gommant les frontières et les particularismes culturels, sociaux et économiques.La localisation qui délimite, fixe un lieu sur le plan géographique et construit tout autour son identité, ses flux économiques, ses rapports sociaux, son environnement architectural et paysager, son histoire.
Il ne s’agit pas, ici, de prendre en compte l’ensemble du phénomène de la mondialisation, mais d’en isoler certains aspects, sans nier qu’ils font partie d’un tout.
Les aspects qui nous intéressent sont liés à la vision que des artistes peuvent avoir de ces questions à partir d’un village rural, géographiquement circonscrit, jaloux de sa culture et de ses particularités. Réels ou fantasmés, les artistes seront engagés à prendre en compte ces deux derniers points, portés et transmis par les habitants du lieu, et tels qu’amenés par eux.

La mondialisation sera abordée sous deux angles :
- du point de vue des identités, des cultures
- du point de vue spatial, de l’économie et de son incidence sur les cultures

Les identités
La mondialisation économique a créé une nouvelle circulation des biens, des capitaux et des individus. On place son origine, selon les approches, de la renaissance à la fin du XXème siècle, période qui couvre largement la construction de nos sociétés.
La mondialisation culturelle est caractérisée par la confrontation deux types de biens culturels différents :
- les biens symboliques centraux et traditionnels : religion, valeurs éthiques et esthétiques, les rites sacrés et parfois profanes, qui sont depuis toujours symboles d’identités locales soit, la culture abordée sous l’angle anthropologique
- les biens culturels modernes, occidentaux, produits et diffusés par les mass medias mondialisés (notamment par les Etats-Unis) jusqu’à une situation de prédominance et de lecture unique de ces biens qui dépasse les différences culturelles issues des traditions, soit, la culture abordée sous l’angle moderne et marchand
Notre époque voit donc se développer une coupure de plus en plus profonde entre le sacré et le profane, l’art sérieux et le divertissement, la haute culture et la culture populaire…
Parce qu’il ne faut pas réduire la question complexe de la mondialisation de la culture à l’impérialisme culturel, il devient intéressant d’aborder ces questions identitaires, particulièrement sensibles dans le milieu rural, par le biais d’une focale locale, maniée par des artistes, pour la plupart étrangers à cette « culture » particulière.Parce que toutes les cultures construisent une vision intellectuelle à la fois empirique et mythique sur le monde qui les entoure, parce qu’elles sont confrontées au risque de la perte dans le contexte de la mondialisation, la tentation de l’ethnocentrisme devient majeure. Le repli, les régressions culturelles sont légitimés par la peur de l’absorption, de la minorisation des cultures locales.
Il ne s’agit évidemment pas de trancher le complexe débat de la mondialisation culturelle, mais, au regard de la question de la perte ( ?) des identités locales, de leur renforcement possible (probable ?) d’amener le regard des artistes sur la question de la construction du discours autour l’altérité dans ce contexte de mondialisation, perçu depuis le milieu rural.

L’espace
Sur un plan économique, la délocalisation, stratégie récente, sépare les moyens de production des lieux de consommation, essentiellement pour des raisons de coût. Les moyens de production sont établis dans des pays à faible coût de main d’œuvre et de matières premières, tandis que les biens produits sont vendus dans des pays à fort pouvoir économique.
On produit dans un pays pauvre, à peu de frais, ce qui est vendu cher dans un pays riche. Ceux qui produisent ne consomment pas ce qu’ils produisent. Bien souvent, les biens produits échappent complètement à la culture, au mode vie de ceux qui les produisent. Double effet de la délocalisation : économique et culturelle.
Paradoxalement, la localisation ne fait pas partie du vocabulaire économique, mais se réfère uniquement à des notions spatiales. Selon le dictionnaire, la localisation est « l’action de situer, de déterminer la position de quelque chose, par extension, de circonscrire, de limiter, de fixer ». L’adjectif local est défini comme « ce qui est propre à un lieu, à une région, par extension, ce qui représente au naturel les moeurs d’un pays, d’une région.»
Sur cette base lexicale, la délocalisation sera envisagée en tant que génératrice de mouvement, de variable et la localisation en tant point fixe, d’invariabilité. Les tensions, les mouvements entre ces deux notions, les rapports qu’elles entretiennent constituent une des éléments de la réflexion artistique. Les artistes, eux-mêmes délocalisés pendant le temps de résidence, seront sans doute à même de se saisir pleinement de cette proposition, d’apporter points de vues, questionnements, réponses… au travers de leur travail. En rupture avec leur milieu habituel de travail et de vie, les artistes seront placés d’emblée dans un état d’esprit qui prend en compte le milieu rural, non comme une contrainte ou un exotisme, mais comme une situation génératrice d’intérêt et de stimulation, comme l’état d’un lieu, socle du travail résidentiel en lien avec les questions qui nous occupent.
Les artistes comme la variable, le milieu rural comme l’invariable.
L’artiste créé des complexités, donc du dialogue. Est il médiateur ou provocateur ? Destructeur ou constructeur de l’identité collective ?
Nous pensons avec Gérard Leclerc, qu’il est les deux en même temps.
Constructeur en tant qu’idéologue du sens de l’appartenance individuelle et collective, sur la base de mythes fondateurs et légitimeur du groupe, de la société. Destructeur en tant que chercheur, critique des illusions d’une vérité historique mythifiée, idéologisée et sacralisée.
Pour paraphraser JP Sartre, « l’artiste s’occupe de ce qui ne le regarde pas ». Et il s’occupe aussi de ce qui nous regarde, aux Arques et ailleurs.